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Le monde entier ploie sur le joug de Covid-19. Les pays développés sont submergés par l’acuité de la pandémie. Les ravages sont incalculables. Et la perte en vies humaines a atteint des proportions astronomiques. L’onde de choc suscité par ce malicieux virus est inédite et déconcertante. Nous vivons une sorte de « mondialisation de la mort » causée par covid-19. La désolation engendrée par cette catastrophe sanitaire est déroutante.

Tout le monde est affecté d’une manière ou d’une autre. Il y a quelques mois, ce qui semblait être l’affaire des chinois est devenu l’affaire de tous. D’aucuns ont même qualifié le Convid-19 comme « China virus ». Quel est ce vicieux virus qui n’épargne personne, ne respecte ni l’âge, ni la race et ni la classe sociale ? Si les pays développés avec leurs infrastructures sanitaires modernes de pointe sont durement frappés par ce virus aux allures diaboliques, combien plus le seront les pays du sud, dont les infrastructures sanitaires sont peu performantes.

Dès que la frappe du virus devenait intenable en Occident, beaucoup d’ONG et autres structures prévoyaient déjà le pire pour l’Afrique. Cela a créé une psychose générale. La Commission économique pour l’Afrique (CEA) sonnait déjà l’alarme dans son nouveau rapport sur la pandémie de covid-19 en projetant que plus 300000 Africains pourraient perdre la vie. Les gouvernements africains ont sorti toute leur armada pour lutter contre cet ennemi commun du genre humain : la distanciation sociale ou physique, le confinement, l’isolement, la quarantaine, la fermeture des écoles, des églises et d’autres lieux de rassemblement et le port de masque obligatoire. La mise en œuvre de ces mesures par les forces de l’ordre est plus au moins efficace.

Quoique l’action gouvernementale soit louable et noble, elle manifeste des limites. Les mesures prises par les gouvernements africains tiennent-elles compte des pauvres vivants dans des bidonvilles ? Selon l’ONU-Habitat, un bidonville est une zone urbaine manquant des services bases et vivant dans des logements précaires, insalubres et surpeuplés. Or, Leilani Farha, rapporteuse spéciale des Nations Unies pour le droit à un logement convenable, démontre que le logement est devenu « la protection première » contre le corona virus : « Le domicile a rarement autant été une question de vie ou de mort. Ces observations (de Leilani Farha) décrivent bien l’état misérable des habitants d’Abobo -Abidjan en Côte D’Ivoire.

Abobo fait partie des treize communes que comprend la ville d’Abidjan. La commune d’Abobo est la plus peuplée d’Abidjan avec ses 2.500.000 habitants, dont « Derrière Rail » est l’un des quartiers les plus pauvres et majoritairement musulman, les chrétiens y étant minoritaires. Cette cité cosmopolite, faite de plusieurs nationalités, est en réalité « un quartier dortoir ». Ses maisons, construites de manière anarchique avec des matériaux précaires, contribuent à son insalubrité : immondices, odeurs fétides et eaux usées de toilette déversées dans les ruelles sinueuses.

Pourtant l’eau y manque, elle y est de l’or. Il s’ensuit que, pour beaucoup d’Abidjanais, « Derrière Rail » rime avec le crime, l’incivisme, l’immoralité, la drogue, les cachettes de « Koutoukou »[ Une distillation artisanale et clandestine à base des vins de vins de palmier.], la délinquance juvénile couplée du phénomène de « microbes »[ Ce sont les enfants “en conflit avec la loi » selon les autorités Ivoiriennes, le « hors-la-loi » ou encore les enfants de la rue » entre 12 et 13 ans agissant en bande qui sèment terreur et misère dans les bidonvilles d’Abidjan.].

Abobo-Derrière-Rail est donc peu fréquenté par les Abidjanais de quartiers huppés comme Cocody. Ce qui crée une sorte « d’apartheid économique ou social », selon le sociologue Francis Akindès. Alors que les familles vivent déjà dans les « chambres confinées et étroites », Convid-19 vient encore imposer un autre confinement. Est-ce viable pour les miséreux des bidonvilles ? Force est de constater que « l’isolement social » d’Abobo a été plutôt salutaire durant l’ère de covid-19. Le peu de contacts d’Abobo avec Cocody, Marcory, les épicentres du virus, a dû freiner la propagation du virus dans le quartier. Pour une fois, la pauvreté n’a pas été malédiction. Pour une fois, les pronostiques des organismes comme Oxfam qui craignaient le pire pour les bidonvilles ont été déjouées.

Selon Oxfarm, si le convid-19 attaque toute la planète, il s’attaque surtout aux plus vulnérables et près 3 milliards de personnes n’ont l’accès à l’eau portable. Pour l’instant, Abobo est encore à l’abri de la catastrophe sanitaire que prévoyaient d’aucuns. Ceci étant, aucune mesure en Afrique de prévention ne peut être efficace sans tenir compte de la situation socio-économique et anthropologique des habitants de bidonvilles. Comment se confiner chez soi quand on n’a même pas de nécessaire pour subvenir à ses besoins les plus basiques ? Comment rester confiné chez soi quand on est un tâcheron, un vendeur à la sauvette, un commerçant, un cordonnier, un chauffeur de taxi, un marchand des fruits, etc. ? Comment laver ses mains quand on n’a même pas de l’eau pour boire ? Comment acheter les gels et solutions hydro-alcooliques, des masques sans salaire ?

N’est-ce pas la raison pour laquelle, les mesures préventives sont bafouées par les habitants des bidonvilles ? On dirait que la tragédie de Covid-19 ne les concerne pas, du moins à Abobo. Il y a une insouciance qui frôle la démission devant les difficultés de la vie. Certains se disent : « Ebola est venu et passé ! Et alors ? » Ainsi des jeunes jouent au foot tranquillement, tandis que les jeunes adultes jouent gaiement leur jeu de hasard. Les marchés bouillonnent comme si de rien n’était. Alors, nous-nous demandons : d’où viendra le salut ? Seuls un médicament ou un vaccin efficace serait la véritable solution pour les bidonvilles. Et si jamais, cette maladie devrait se trouver dans les bidonvilles, on aura une hécatombe inédite. Le covid-19 révèle les égalités profondes entre les citoyens d’un même pays et invitent les gouvernements à penser sérieusement aux problèmes des bidonvilles.

C’est dans ce sens que le cri de cœur du Pape François dans sa lettre aux Mouvements Populaires rejoint la situation des habitants de bidonvilles. Une contextualisation de cette lettre exige que l’on trouve une solution universelle et durable à la situation précaire des habitants des bidonvilles. Voilà pourquoi, la distribution de sacs de riz, de bouteilles d’huile, de sucre et d’autres denrées alimentaires par le gouvernement et d’autres âmes de bonnes volontés est louable mais éphémère. L’heure n’est plus aux discours fleuris et désincarnés de la vie réelle du citoyen lambda, mais l’heure est à l’action. L’époque de beaucoup discours est désormais révolue. Que les œuvres parlent pour elles-mêmes à l’ère post covid-19 !