en EN fr FR pt PT es ES

Message de la Conférence jésuite d'Afrique et de Madagascar (JCAM) à l'occasion de la Journée Mondiale du Sida 2020

La solidarité est notre responsabilité - Réseau Jésuite Africain contre le Sida

Ce premier Décembre 2020 le monde entier célèbre la Journée Mondiale de lutte contre le SIDA (JMS). La Compagnie de Jésus (les jésuites et leurs collaborateurs) en Afrique et Madagascar est solidaire avec toutes les Personnes Vivant avec le VIH (PVVIH). Nous pensons à tous ceux et celles qui ont perdu la vie à cause de ce virus. Que leurs âmes reposent en paix !

La commémoration de cette journée cette année se déroule dans un contexte purement particulier. Le monde entier est profondément affecté par la pandémie du Corona virus qui a perturbé les systèmes de santé et gravement touché des vies, particulièrement celles qui sont déjà vulnérables à la suite à diverses conditions de santé préoccupantes, notamment les PVVIH.

Depuis le début de la pandémie du VIH / SIDA, 75,7 millions de personnes ont été infectées tandis que 32,7 millions ont perdu leur vie à cause des maladies liées au SIDA (ONUSIDA, 2020), et des millions subissent l'impact de la maladie dans leurs familles. D’un point de vu positif nous reconnaissons les formidables avancées et réalisations dans la lutte contre la pandémie - grâce à la générosité, à la résilience et aux efforts inlassables des gouvernements, des organismes internationaux et nationaux, de la société civile, des organisations et des communautés religieuses, etc. Il est encourageant qu'une initiative mondiale unifiée ait enregistré des progrès en matière de dépistage et de traitement du VIH, de sorte que 81% des PVVIH connaissent leur statut sérologique et que 25,4 millions sur 38 millions des PVVIH ont eu accès à un traitement antirétroviral en fin 2019, évitant ainsi 12,1 millions de décès liés au SIDA depuis 2010 (ONUSIDA, 2020).

Par ailleurs, même si nous sommes en plein milieu d’une nouvelle urgence de santé publique mondiale (COVID19), il est essentiel de ne pas baisser nos gardes dans la lutte contre le VIH/SIDA, car le combat est loin d'être terminée. L'épidémie est présente et continue de se propager dans les communautés. Les statistiques montrent qu'en 2019, environ 69 0000 personnes ont succombé à la suite des maladies liées au SIDA (ONUSIDA, 2020). L'Afrique en paie le lourd tribut avec 25,7 millions des PVVIH et environ 1,1 million de personnes infectées par le VIH en 2018 (OMS, 2020).

Le thème mondial de cette année « Solidarité mondiale et Responsabilité partagée » nous rappelle notre responsabilité commune les uns envers les autres. Récemment, le Pape François a parlé de l'importance de la solidarité dans un contexte de crise et a souligné et insisté à cet effet que devant une crise y faire face ensemble (en synergie) on s’en sort mieux et plus fort. Il y a un dicton africain du Kenya qui dit : «oropkei kou bireech» (tenir, se soutenir les uns les autres comme des fourmis de safari). Cela signifie que face aux obstacles, notre force viendra du fait de nous soutenir et de permettre aux autres de nous tenir à chaque étape de la vie. La solidarité est donc une condition pour notre réussite collective.

Dans le même ordre d'idées, les Préférences Apostoliques Universelles (PAU) de la Compagnie de Jésus nous invitent tous à marcher avec les exclus de la société, c'est-à-dire les personnes vulnérables, faibles et marginalisées par les maladies sociales et physiques, y compris le VIH/SIDA. Ils nous rappellent également avec insistance l'importance de marcher avec les jeunes à la recherche d'un avenir plein d'espoir et construire ainsi une génération sans VIH.

Au cours de plusieurs décennies, les institutions religieuses ont fait partie de la solidarité mondiale, jouant un rôle central dans la réponse au VIH / SIDA. Les jésuites et leurs collaborateurs en Afrique et à Madagascar continuent à accorder une attention particulière et sérieuse à l'épidémie du SIDA et à ses implications dans la communauté. La présence du Réseau Jésuite Africain contre le SIDA (AJAN) depuis 2002, en tant qu'organe continental de coordination des réponses jésuites à la pandémie du VIH/SIDA, est un témoignage concret de notre solidarité et de notre responsabilité partagée. En Afrique subsaharienne, les Centres qui constituent AJAN travaillent directement avec les membres vulnérables des communautés à travers les soins de santé, le soutien aux moyens de subsistance, l'éducation des enfants orphelins et la pastorale et la prévention. Aussi, AJAN accorde-t-il une attention particulière à la formation intégrale des jeunes afin de former une génération sans VIH en Afrique. Cela se fait par le biais du programme AHAPPY (Génération Heureuse) qui est un Programme d’AJAN pour la Prévention du VIH chez les Jeunes. AHAPPY est un programme contextualisé, enraciné à la fois dans la spiritualité ignatienne et dans la culture et les valeurs africaines.

Incontestablement, la nouvelle crise de la COVID-19 est un fardeau supplémentaire pour les PVVIH, en particulier en Afrique où le système de santé publique est faible et sous équipé. Les directives proposées pour arrêter la propagation du virus corona aggravent le tissu économique déjà fragile des ménages, affaiblissent les systèmes de soutien social ainsi que la fourniture et l’accès aux services essentiels vitaux. Ce qui expose davantage les PVVIH et le rende plus vulnérables.

Les équipes d’AJAN, dans leurs différents contextes, ont fait preuve d'un dévouement considérable face à la pandémie de la COVID-19 en Afrique. Comme nous le savons, la pandémie du VIH-SIDA n'est pas simplement une maladie ou un problème de santé, elle a des implications sociales, politiques, économiques et éthiques qui affectent toutes les couches de la société. Afin de répondre d’une manière holistique à la fois au VIH et à la COVID-19, AJAN va au-delà de la riposte à la manière de « sapeur-pompier » ou d'intervention d'urgence. Récemment, AJAN a lancé dans plusieurs pays une étude sur les connaissances, attitudes et pratiques (CAP) sur la COVID-19. Le résultat de cette étude sera important pour générer des connaissances qui éclaireront les actions appropriées pour la gestion de la COVID-19 et pour contenir efficacement le VIH/SIDA au niveau communautaire. De cette manière, AJAN cherche à renforcer la résilience des communautés afin de répondre aux problèmes de santé publique actuels et futurs.

Alors que nous nous réunissons pour marquer la Journée Mondiale du SIDA (JMS) 2020, les jésuites et leurs collaborateurs en Afrique comprennent qu'en période de crise sanitaire d'une telle ampleur, il ne s'agit jamais de « nous » ou d’« eux ». Nous formons un seul corps de par notre union avec le Christ (Romains 12 : 5 ; 1 Cor. 12 : 12-27). Pour faire écho des propos du Pape François, la solidarité avec les PVVIH et les autres personnes vulnérables en Afrique n'est pas un acte intermittent de générosité, mais elle est au cœur de notre mission et de notre ministère. Guidés par les Saintes écritures, les enseignements de l’Église, les directives du Pape et les PAU, les jésuites et leurs collaborateurs continueront de répondre à la crise du VIH/SIDA en solidarité avec les plus délaissés et vulnérables.

AJAN et tous les jésuites et leurs collaborateurs en Afrique joignons nos voix à celle de la famille mondiale pour réaffirmer notre engagement en faveur de la réalisation des objectifs de développement durable visant à mettre fin à l'épidémie de SIDA d'ici 2030. Bien que cela semble ambitieux, nous pensons que c'est possible si nous agissons de manière solidaire et assumons chacun ses responsabilités. « Avec Dieu, rien n'est impossible » (Luc 1:37).

Que Dieu continue à nous soutenir dans notre lutte contre la crise de COVID-19. Que Dieu nous accorde la grâce d'une plus grande solidarité et responsabilité envers nos sœurs et frères les plus désavantagés par la pandémie, en particulier ceux qui sont touchés et qui vivent avec le VIH.


Bien à vous dans la mission du Christ


Agbonkhianmeghe E. Orobator SJ

Président

 

Télécharge PDF

pdf icon