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Le dynamisme des Jésuites de l’Angola et de la RD Congo

Entretien. Le Père José Minaku Lukoli, Supérieur provincial des jésuites de l’Afrique centrale, comprenant l’Angola et la République démocratique du Congo, a dépeint les œuvres de la Compagnie de Jésus dans différents secteurs d’apostolat. Défis énormes dans deux pays marqués par des situations socio-politiques pas toujours faciles.


Jean-Pierre Bodjoko, SJ – Cité du Vatican

La province d’Afrique centrale de la Compagnie de Jésus est composée de l’Angola et de la République démocratique du Congo. Une province qui a fêté ses cent vingt-cinq années d’existence, il y a quelques mois, surtout dans sa partie congolaise, car auparavant l’Angola appartenait à la province portugaise.

La province des jésuites d’Afrique centrale compte 374 membres, dont 170 membres en formation, soit 45 %. Les apostolats qu’exercent les jésuites dans cette partie d’Afrique ont quatre axes : l’apostolat paroissial, l’apostolat de l’éducation, le ministère des Exercices spirituels (maisons de retraite pour l’accompagnement spirituel), et l’apostolat social.

En ce qui concerne l’éducation, une œuvre de formation dans laquelle se distinguent les jésuites, le Père Minaku affirme que sa Province compte sept écoles (collèges) propres disséminés dans les différents coins du pays, notamment à Kinshasa, Lubumbashi, Bukavu, Kisangani, Kasongo-Lunda et Kikwit. Il faudrait ajouter à ces collèges, les écoles secondaires affiliées, c’est-à-dire des écoles non-jésuites mais situées dans des paroisses tenues par les jésuites. Elles bénéficient d’aide pédagogique quand le besoin s’impose. Les jésuites d’Afrique centrale ont également le projet d’un grand collège à Luanda, en Angola.

 

Difficultés dans l’ouvre de l’enseignement
« Toutes nos écoles sont en fait des écoles conventionnées catholiques. Cela veut dire que nous vivons sous la Convention. C’est l’Etat qui paye les professeurs et l’administration », a affirmé le Père Minaku qui précise cependant que cela fait des décennies que l’Etat n'est pas en mesure de payer convenablement les enseignants et de donner ce qu’il faut pour le fonctionnement des écoles. Donc, selon lui, il y a un système de contribution des parents qui a été inventé, qui fait que ce sont les parents qui assurent énormément le fonctionnement des écoles, surtout pour le payement des enseignants. Cependant, il se pose aussi un problème pour cette contribution des parents car ils n’ont pas tous les mêmes moyens (disparité sociale). Solution ? « Nous avons imaginé un système qui veut qu’il y ait une sorte de solidarité interne, c’est-à-dire que ceux qui ont plus de moyens payent un peu plus et ceux qui en ont moins, payent un peu moins. Et cela marche plus ou moins bien », affirme le Supérieur provincial des jésuites d’Afrique centrale.

 

Foi et Joie (Fe y alegria)
Toujours dans le souci d’assurer l’éducation des enfants issus de familles moins nanties, les jésuites d’Afrique centrale, à l’instar des autres jésuites du monde, expérimentent aussi le système des écoles de la réalité Fe y alegria (Foi et Joie). « Une expérience prometteuse », aux dires du Père Minaku. C’est un système opérationnel surtout en Amérique latine et qui consiste à récupérer des jeunes gens qui n’ont pas eu la chance de participer au système éducatif traditionnel ou normal, et qui ont été mis de côté. On les forme de plusieurs manières afin de leur donner une certaine éducation qui les aide à s’insérer dans la vie sociale.

 

Education universitaire
Il y a trois ans, la Compagnie de Jésus en Afrique centrale a créé, à Kinshasa, l’Université Loyola du Congo, ULC. C’est une réalité partie de la fusion des institutions qui existaient déjà : une faculté de philosophie, une faculté agrovétérinaire, et une école d’ingénierie. « Nous espérons dans les années qui viennent, commencer aussi des facultés de Business School, des sciences sociales et sciences de l’éducation », assure le Père Minaku devant ce qu’il qualifie de projet ambitieux. Cette université jésuite est en partenariat avec des universités occidentales (France, Etats-Unis, etc.) Elle venait aussi d’être admise comme membre de l’Association des Universités Africaines, AUA. L’Université Loyola du Congo a en outre signé récemment un contrat de partenariat avec l’Institut Catholique d’Arts et Métiers, ICAM, école d’ingénieurs de France. Ce partenariat consiste notamment dans la mise ensemble d’une même pédagogie, des moyens et d’échanges des professeurs et des étudiants.

Mais selon le Père Minaku, le défi pour une université comme celle-là est énorme. Il y a tant de problèmes non résolus. En outre, les jésuites d’Afrique centrale voudraient que leur université soit au service de la société, afin que les étudiants par exemple, puissent, au cours de leur formation, identifier un problème réel de la société et essayent d’y trouver une solution.

Sachant aussi combien l’enseignement, surtout universitaire, est budgétivore et couteux pour les plus pauvres, les jésuites pensent également à ces étudiants qui ont des potentialités (intellectuelles) mais qui malheureusement n’ont pas de moyens. Ils imaginent un système de bourses pour les étudiants méritoires mais qui n’ont pas des ressources financières pour pouvoir compléter leurs études.

 

Ministères à caractère social
Les jésuites d’Afrique centrale travaillent aussi dans le social, en ayant deux pôles : dimension réflexion et dimension action. La première dimension a pour vocation celle de réfléchir sur des questions sociales, politiques et administratives. « Le centre le plus connu est le Centre d’études pour l'action sociale, CEPAS, qui est à Kinshasa et qui a fait ses preuves, ayant participé à la vie sociale et politique du pays avec la revue Congo-Afrique. Mais nous avons aussi commencé depuis quelques années, le Centre Arrupe pour la Réflexion et la Formation, CARF, qui a la même vocation de former des cadres, etc., dans un domaine particulier de l’écologie et de la gestion les mines à Lubumbashi », indique le Père Minaku. En ce qui est de la dimension action, les jésuites de l’Afrique centrale travaillent surtout pour la proximité avec les pauvres, les délaissés. A Kinshasa, ils tiennent le Centre Mgr Munzihirwa qui s’occupe des enfants abandonnés dans la rue et qui sont dans des situations difficiles, auxquelles ils essayent de donner quelques moyens et aptitudes pour leur réinsertion dans leurs familles. A Kisangani, au nord-est de la République démocratique du Congo, ils ont le Centre Maisha qui se penche sur la question de la délinquance juvénile et du Sida. A Bukavu il y a le Centre Cheche pour les enfants marginalisés ou déscolarisés, auxquels on donne des cours d’alphabétisation et apprend des métiers tels que la menuiserie, la poterie céramique, la sculpture, en vue de leur réintégration dans la société. Tandis que dans la ville de Kikwit (sud-ouest), le Centre Louis de Gonzague s’occupe de toutes les questions liées à la pauvreté et à la misère qu’apportent le sida et ses corollaires. Parmi tant d’autres actions sociales, il faudrait ajouter le Service jésuite pour les réfugiés (JRS) qui œuvre surtout à l’est de la République démocratique du Congo. Les jésuites organisent notamment pour les enfants réfugiés ou déplacés, un système éducatif qui leur permette d’étudier comme tous les autres enfants.

 

“ Montrer Jésus-Christ dans le monde ”

 

Visite du Préposé général, le Père Arturo Marcelino Sosa Abascal


« Nous avons eu le bonheur et la grâce de recevoir la visite du Père Arturo Sosa qui est venu d’abord pour participer à la plénière des supérieures majeurs d’Afrique et Madagascar. L’Afrique est constituée des provinces, et nous avons une tournante des plénières, c’était le tour de la Province d’Afrique centrale d’accueillir les supérieurs majeurs. Ainsi, le Père Général est venu pour assister à cette réunion au terme de laquelle il a pris six jours pour visiter la province », a indiqué le Père Minaku. Au-delà de cette rencontre avec les supérieurs majeurs, le Préposé général de la Compagnie de Jésus a pris du temps pour découvrir les œuvres de ses confrères d’Afrique Centrale, pour les encourager dans ce qu’ils font, palper du doigt les réalités qu’il connaissait à travers les lettres et les rapports, et surtout, aux dires du Père Minaku, « nous apporter un message d’espérance parce qu’il a été impressionné par la vie et la vitalité de notre province et de la République démocratique du Congo. Il a été impressionné, et choqué même parfois, par la décrépitude des infrastructures. Il nous a demandé de travailler, d’avoir des priorités, montrer Jésus-Christ dans le monde, travailler avec les jeunes qui sont nombreux, travailler pour l’écologie, et ainsi sauver notre maison commune ; continuer à intégrer ceux qui sont des laissés pour compte, pour les pauvres, afin qu’ils puissent trouver le moyen de s’insérer la vie sociale ».

 

Vocations
Le Supérieur provincial des jésuites d’Afrique centrale soutient qu’ils ont une bonne quantité de vocations qui frappent à la porte de la Compagnie de Jésus, et qu’ils ont des critères pour les accueillir. Ceux qui répondent à leurs valeurs et leurs critères, ils leur offrent une année de stage, avant d’aller au noviciat. « Nous cherchons la qualité avant tout ».

 

Environnement sociopolitique en Angola et en RD Congo
Les conditions ne sont pas les plus faciles, soutient le Père Minaku. « L’Angola est un pays qui venait de sortir de la guerre. Ils ont eu un boom pétrolier qui leur a permis d’asseoir des infrastructures. Et puis, il y a eu la chute des cours du pétrole. Le pays est en difficulté, le système bancaire s’est effondré et ils ont un nouveau président qui a la volonté et qui combat la corruption. Les signes d’espérance sont donc là. Même si la situation demeure précaire et assez difficile. Mêmement au Congo, il y a beaucoup d’espoir. On sort du tourbillon avant, pendant et post-électoral, et nous avons maintenant une nouvelle classe politique qui s’est mise en place et qui est en train d’apprendre. Il y a beaucoup d’espérance au sein de la population. Il y a beaucoup à faire et notre prière et aussi notre contribution, c’est que cette espérance ne soit pas déçue. Si nous ratons ce tournant, ça aura des conséquences désastreuses pour notre pays et pour notre avenir », affirme encore, optimiste, le Père Minaku pour qui, la vie trouve toujours son chemin. La situation peut être difficile, on peut se retrouver dans la plus grande misère, tout peut sembler tragique et pessimiste, mais la vie trouve toujours son chemin parce que le Christ est ressuscité.

 

Le Père José Minaku au micro de Jean-Pierre Bodjoko, SJ

https://media.vaticannews.va/media/audio/s1/2019/06/15/17/135088517_F135088517.mp3

 

Article Source: Vatican News