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Pénurie d’eau : Un casse-tête pour les ménages à Abobo-Sagbe

Par Mathew Bomki SJ,  Paroisse d’Abobo

Ce qui frappe quand on vient à Abobo pour la première fois c’est le manque d’eau. Venant d’un environnement où on a de l’eau en permanence, comme par exemple à Cocody, la situation à Abobo semble intenable. Comment expliquer une telle aberration au 21e siècle ? Ici, à Abobo, le liquide précieux est de l’or. Des femmes surtout doivent parcourir des distances considérables pour avoir de l’eau. Cette situation perdure depuis longtemps.

Or, l’Abidjan est la « perle de lagunes ». Alors, comment comprendre que les robinets soient à sec à Abobo et ailleurs ? On est en droit de demander par quelle alchimie les femmes arrivent à faire leurs tâches ménagères. Si trouver déjà de l’eau à boire est un problème, on peut comprendre qu’aller au w.c. est un cauchemar. La plupart de temps, ce sont des femmes et des enfants qui vont chercher de l’eau.

water

Les quelques points d’eau que l’on trouve, sont bondés de monde. Cette situation est encore plus grave pendant la saison sèche. Dans l’espoir de pouvoir s’approvisionner en l’eau potable, beaucoup de femmes se lèvent vers 4h00 le matin quand le reste de la famille dort encore. Les points d’eau existants sont rares. Et cela a fait flamber les prix de l’eau. En effet, les gens achètent l’eau dans des bidons de 20 litres.

Ceux qui sont un peu éloignés desdits points d’eau se servent des pousse-pousse communément appelés « wotro » pour acheminer les bidons d’eau à la maison. Une fois à la maison, l’eau est stockée dans les barriques pour l’usage quotidien. Selon les lieux le prix d’un bidon est de 25 ou 50 FCFA. Ce qui est énorme pour les familles sans salaire fixe. Certaines familles dépensent plus de 30 000 F cfa par mois pour de l’eau. Avec l’arrivée de la saison des pluies, beaucoup de ménages recueillent les eaux de pluie pour les toilettes et la lessive. Cela aide à diminuer leurs dépenses en eau potable.

Il convient de noter que le problème de l’eau à Abobo est antérieur à la période du covid-19. Toutefois, il est vraiment choquant qu’en pleine épidémie de covid-19, les autorités laissent les habitants d’Abobo sans eau. Or, il est recommandé un lavage fréquent des mains comme une mesure barrière efficace. Mais à Sagbe, avec quelle eau peut-on le faire ? En plus de la maladie du covid-19, le manque d’eau potable est la porte d’entrée à plusieurs autres maladies comme la diarrhée, la dysenterie, les perturbations intestinales, des infections cutanées, etc.

L’approvisionnement en l’eau potable reste un défi majeur pour le gouvernement Ivoirien. Déjà en 2014 lors de l’inauguration du château d’eau de Bonoua (ville au sud de la Côte d’Ivoire), le Président Ouattara disait que : « Le déficit d’eau dans tout le district d’Abidjan est estimé à environ 200 000 m3/jour. Par ailleurs, pendant de nombreuses années, il y a eu une absence d’entretien et d’investissements. Cela a entraîné un déficit important d’approvisionnement en eau potable aussi bien en milieu urbain que rural. Ce déficit était de 30 % à Abidjan, et d’environ 50 % à l’intérieur du pays. »

Est-ce que cette situation s’est améliorée aujourd’hui ? Lors d’une manifestation violente de femmes d’Abobo devant les locaux de la SODECI (Société Ivoirienne de distribution d’eau) d’Abobo Dokui le 27 Janvier 2014, un employé de la Sodeci faisait savoir aux femmes présentes qu’ « A Abobo, il y a une mauvaise répartition de l’eau potable. A côté de cela, cette commune a fortement subi les affres de la crise post-électorale avec une destruction des installations de la Société de distribution d’eau qui sont en cours de réparation et cela prend du temps ».

Du coté d’Abobo- Sagbé, une des causes majeures des pénuries du liquide précieux, serait le fait qu’il y a eu des branchements anarchiques et frauduleux. Cela a contaminé l’eau courante avec les conséquences fâcheuses que nous pouvons imaginer. Une coupure d’eau potable d’Abobo a eu lieu dans le but d’assainir la tuyauterie et de placer les compteurs afin d’éviter les fraudes. Les compteurs sont là mais l’eau ne coule toujours pas dans les robinets. Pendant la saison sèche, ce problème en approvisionnement en eau potable devient insupportable. Or l’eau c’est la vie. Comment y croire à Abobo-Sagbé ?

Dans son message le 7 Novembre 2007, aux participants de la Conférence sur « La gouvernance d’un bien commun : l’accès à eau potable pour tous » sous l’égide du Dicastère pour le développement humain intégral, le Pape François disait que « L’eau est fondamentale pour la vie.(…). Les statistiques dramatiques sur la soif, notamment la situation des personnes qui tombent malades et souvent meurent à cause d’une eau insalubre, sont une immense honte pour l’humanité du XXIe siècle ». Selon le Souverain Pontife « l’accès à l’eau potable (…) est un droit qui découle de la dignité humaine et donc incompatible avec une conception de l’eau comme une marchandise quelconque ». Donc, l’eau potable est « un droit humain » fondamental.


Malheureusement, environ 600 millions de personnes dans le monde vivent sans accès à l’eau potable ce qui serait à la base de 52% des maladies dans le monde. « Sur la planète, près de 40% des hôpitaux fonctionnent en effet sans eau potable ». ( Cf. https://www.cath.ch/newsf). Mais beaucoup de pays vont dépenser beaucoup d’argent dans l’armement et les munitions tandis que la population ploie sur le joug de la misère. Parfois, c’est l’argent qui est destiné pour les besoins fondamentaux de la population qui est détourné par des politiciens sans conscience et caché dans des banques étrangères.

Or dans l’Évangile de Matthieu le Christ nous dit : « J’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire » (Mt 25, 42). C’est dans cette optique de réduire la souffrance des habitants d’Abobo- Sagbé que le curé de la paroisse St Philippe a construit un forage pour venir en aide aux ménages en détresse par manque d’eau potable. L’eau de la paroisse un lieu « œcuménique » ou mieux, un lieu de « rencontre » où les chrétiens, les musulmans et les autres non-chrétiens peuvent se trouver ensemble autour de l’eau. Ici, toutes les barrières religieuses s’estompent. Finalement, l’eau est vie ! Mais seulement une petite partie de la population est desservie par la paroisse St Philippe. Le problème d’eau n’est pas résolu et on attend toujours une intervention de lus grande ampleur de la SODECI. Car, « Les principes et les valeurs évangéliques doivent conduire à l’engagement concret de chacun vers la réalisation du bien commun de toute la famille humaine » (Pape François). Le problème d’eau d’Abobo- Sabgé est une interpellation à tous !