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L’atmosphère sociale à Rome sous l’ombre du Covid-19

Par Rigobert Kyungu SJ

Il y a un mois et demi, l’infection à coronavirus était considérée comme une réalité lointaine en Italie. Le samedi 1er février, j’ai même osé prendre un repas dans un restaurant chinois avec deux compagnons jésuites à Rome. Le coronavirus se confinait encore au lointain Orient. Parmi les orientaux vivant en Italie, certains ont été victimes des actes de violence. Au cours de la première semaine de février, les premiers Italiens ont été diagnostiqués positifs, au nord de l’Italie, notamment dans la région de la Lombardie. Le gouvernement italien a alors commencé à s’y intéresser sérieusement, non sans grande polémique.

A la mi-février, il y avait moins de 15 décès sur toute l’Italie, et moins de 50 malades. Mais c’est au cours de la quatrième semaine, et davantage la première semaine de mars que les chiffres ont connu une multiplication exponentielle. En 24 heures, le week-end du 7-8 mars, on a enregistré 133 nouveaux décès dus au covid-19 et 1.492 nouveaux cas d’infection à coronavirus. Le dimanche 8 mars 2020 au soir, on a dénombré un total de 7.375 cas et 366 décès sur toute l’étendue de l’Italie. Ce lundi soir, on a atteint le total de 463 décès (donc 97 décès enregistrés ces dernières 24 heures). La majorité de ces cas se trouve au nord autour des villes de Milan, Padoue, Venise, Parme, et Bologne. Cette région est déjà en quarantaine radicale jusqu’au 3 avril. Mais comme les trains continuent de circuler, beaucoup quittent le nord pour se réfugier vers le Centre ou le Sud. Les porteurs du coronavirus sont donc déjà présents partout en Italie. De quoi susciter psychose et inquiétude chez tous les habitants de l’Italie et du Vatican.

Le soir du mercredi 4 mars, le gouvernement a décrété l’arrêt immédiat des cours dans toutes les institutions académiques, même à Rome et dans le sud. Les écoles primaires et maternelles avaient déjà fermé auparavant. Les parents d’élèves sont fort dérangés car ne sachant quoi faire de leurs enfants lorsque papa et maman sont au travail. Nous sommes dans une société où l’on ne fait pas appel à une nièce ou une tante pour venir tenir compagnie aux enfants, comme en Afrique ! La Grégorienne, le Biblicum ont aussi fermé. L’on encourage cependant l’étude à domicile, et la possibilité d’exploiter les technologies de communication pour maintenir l’échange entre les professeurs et les étudiants. La situation semble vraiment nouvelle pour la Grégorienne qui, de mémoire d’homme, n’a guère connu une situation de ce genre !

Les messes dominicales ont été célébrées normalement dans les paroisses et communautés ce dimanche 8 mars. Mais avec le décret gouvernemental du 4 mars, il a aussi été demandé aux agents pastoraux d’observer des mesures préventives dans les églises, telles qu’enlever l’eau bénite à l’entrée des églises, ne pas se donner la main au baiser de paix, donner la communion dans les mains et non pas dans la bouche, et observer un mètre de distance avec son voisin. Ces mesures ont été suivies tant bien que mal, car on a vu des gens qui, retrouvant amis et connaissances à l’Eglise avant la messe, leur ont d’abord fait des bises avant d’observer la distance exigée par le gouvernement. A l’aumônerie congolaise, la chorale a fait sa répétition de samedi on line. Les choristes se sont donnés rendez-vous sur WhatsApp pour parcourir le répertoire des chants ensemble au même moment. Les femmes congolaises qui aiment faire du tralala le 8 mars, ont accepté de s’en abstenir pour cette année !

Les rues de Rome sont bien désertes, très peu de touristes en circulation. J’ai pris un bus le samedi soir et il n’y avait que très peu de monde, mais beaucoup de méfiance mutuelle. On évite de se toucher. Les jeunes Italiens ont pu encore se rendre en discothèque comme ils en ont l’habitude. Mais c’était sans compter avec la mesure qui allait tomber ce dimanche 8 mars. En effet, avec la montée vertigineuse du nombre de malades et de morts ce week-end, le gouvernement a étendu la mesure de suspendre des attroupements sur toute l’Italie. Par conséquent, plus de cinémas, plus de disco, plus pub. Les restaurants restent ouverts (même chez les Chinois !), à condition d’observer la distance de sécurité d’un mètre. La Conférence épiscopale italienne et le Vicariat de Rome viennent aussi de décréter l’arrêt des célébrations eucharistiques dans toutes les églises et ce, jusqu’au 3 avril. Déjà, ce dimanche 8 mars, le pape a fait la prière de l’Angelus à partir de sa bibliothèque, pour empêcher aux pèlerins de s’attrouper Place saint Pierre. Son message a été retransmis en direct à la télévision. Il en sera ainsi pour les messes matinales qu’il célèbre, et pour les audiences du mercredi.

Les répercussions de cette situation sont nombreuses. Que de réunions et voyages reportés ou tout simplement annulés ! Le Pape lui-même a déjà annulé la rencontre qu’il prévoyait d’avoir avec des économistes à Assise à la fin de ce mois pour travailler à « l’esquisse d’une économie plus juste et plus inclusive » (voir sa lettre de carême). Pour notre part, au Collegio del Gesù, nous nous posons des questions sur les ordinations diaconales prévues pour le 14 avril : Faut-il les reporter ou les maintenir à huis-clos ? Et les invités ? Comment célébrerons-nous la semaine sainte ? Et la fête de Pâques ? Pour une communauté d’une cinquantaine de personnes, comment nous protéger contre ce virus ? Car il suffit qu’une personne l’attrape à l’extérieur et oups, bienvenue coronavirus… Comment nous y prendre ? Visiblement, certains membres ont plus peur que d’autres. Il suffit d’une petite toux ou un rhume normal, c’est la panique autour…

Bref, nous nous contentons des mesures qui sont conseillées à tous : se laver régulièrement les mains (pendant 20 secondes, c’est-à-dire le temps d’un Ave Maria), observer un mètre de distance avec son voisin, ne pas mettre les doigts dans les yeux, la bouche et les oreilles, bien aérer sa chambre, etc. Sans oublier un moyen très efficace et souvent oublié : la prière ! et davantage en ce temps de carême. Le diocèse de Rome vient de décréter le mercredi 11 mars comme journée de jeûne et de prière pour implorer l’aide et la miséricorde de Dieu.

Tout en demeurant sereins et confiants dans le Seigneur, sans tomber dans l’alarmisme, nous vous invitons à nous joindre aussi à notre prière, pour que ce virus soit éradiqué de la face de la terre.